L’impact d’une écoute bienveillante, lors d’un deuil périnatal
Claudine Jean - L’impact d’une écoute bienveillante, lors d’un deuil périnatal

Que l’on soit spécialiste ou pas et que l’on ait vécu ou pas un deuil périnatal, on a néanmoins tous la capacité d’aider les parents aux prises avec cette épreuve. Tout simplement, en prenant le temps d’accueillir en toute simplicité le parent endeuillé et en l’écoutant. Offrir notre écoute bienveillante. Point. C’est déjà un cadeau immense pour permettre la guérison d’un cœur blessé.

 

Un grand incompris

 

Le deuil périnatal est souvent un grand incompris. Plusieurs personnes, l’ayant vécu ou non, sont tentées d’en minimiser les conséquences. L’humain trouve rassurant de mesurer. Partant du principe que l’on n’a pas du tout ou très peu connu cet enfant, ils en déduisent que l’attachement à celui-ci ne devait pas être si grand. C’est une erreur vraiment regrettable.

 

Seule la personne ayant fondé de l’espoir et des projets en cette minuscule vie peut mesurer l’étendue de sa perte. Il n’y a que la durée de cette vie qui peut être qualifiée de minuscule. Les rêves et l’espoir, quant à eux, sont impossibles à quantifier et c’est là qu’une grande part du deuil se joue.

 

« Il fallait vivre avec le rêve envolé… Tous les projets imaginés et espérés étaient disparus en même temps que cette interruption de grossesse. Même si nous n’avions pas connu cet enfant, il était attendu… » nous partage Ingrid dans Ceux qui nous effleurent de leurs ailes, un livre écrit par Nancy Richard. Ces quelques mots en disent tellement.

 

Les pièges à éviter…

 

Trouver les bons mots, hé misère! Si tu ne sais pas quoi dire, ne dis rien! L’important est de savoir écouter. Et même si tu crois que tu sais ce qu’il faut dire, peut-être qu’il vaudrait quand même mieux garder le silence! Je m’explique! Souvent, on souhaite « réparer » le chagrin et la douleur des gens en leur offrant des paroles réconfortantes. Malheureusement, celles-ci sont souvent maladroites. Déjà, parce qu’on ne sait tout simplement pas ce que la personne ressent profondément. Et ce, même si on est déjà passé par une expérience semblable. Chacun vit et réagit à ces évènements à sa façon.

 

Consoler à tout prix, « Oh! Ne pleure pas! Ça me brise le cœur de te voir comme ça. », « T’en fais pas ça va aller! » ou encore « Allez, fais-moi un sourire maintenant! », comme on dit, l’enfer est pavé de bonnes intentions! Sans même s’en rendre compte, on musèle les gens dans leur douleur, alors que s’ils avaient la chance de l’exprimer librement, ils pourraient tout doucement amorcer leur guérison.

 

« Je suis triste de ce que tu vis. Est-ce que je peux faire quelque chose pour te soulager? »

 

Relativiser! « Tu es chanceuse, tu as déjà un enfant en santé! », « Tu es jeune, tu pourras en avoir d’autres! » Non, mais vraiment. Lorsqu’ils auront eu l’occasion de vivre leur deuil, il sera toujours temps de relativiser, s’ils le souhaitent. Mais ce n’est pas grâce à ces paroles qu’ils le feront.

 

« Je suis désolée de ce qui t’arrive, mais je ne sais pas quoi faire. »

 

Donner son opinion, ça aussi, c’est à proscrire! « Au fond c’était peut-être mieux comme ça. », « As-tu bien suivi les recommandations du médecin? » ou le fameux « Profite de ta liberté, voyage! Ça va te changer les idées. Tu ne sais pas ta chance, au fond! ». Tes opinions ne concernent que toi, elles sont tes propres chaînes, pas celles des autres. J’ai d’ailleurs déjà écrit un article concernant la valeur de nos opinions tu le trouveras ici.

 

« Je me sens si maladroite, mais je veux être là pour toi. »

 

Demander des détails sur les évènements. Imagine un peu : ce parent tente de faire le tri dans ces émotions intenses, de comprendre cet enchaînement d’évènements et revoit peut-être encore en boucle les étapes vécues. Cette personne jongle avec des émotions de colère, d’incompréhension, d’injustice, de tristesse et j’en passe, mais elle tente d’avancer dans son processus de deuil. Et chaque fois qu’on lui demande ce qui s’est passé, elle est ramenée en arrière et revoit, revit les étapes de son drame. Demander des détails, contribue à te soulager toi, pas le parent endeuillé.

 

« J’aimerais avoir le pouvoir de soulager ta peine. »

 

Présumer des émotions ressenties est également une erreur. Et ce, dans toute la largeur du spectre des émotions. Laisse-moi m’expliquer! Plus tôt je te parlais de l’erreur qui consistait à minimiser l’importance du deuil périnatal, mais suggérer à quel point la personne devrait être démolie est également une erreur. « Tu ne l’as même pas connu, il n’y a pas de quoi s’effondrer! » ouf, quel manque de sensibilité et d’empathie. Quant à « Mon Dieu, quel terrible drame! Comment vas-tu? Tu dois être détruite! », ça sonne lourd! Oui, elle vit un drame. Mais il serait facile de se sentir jugée, si les émotions ressenties ne correspondent pas à ce qui a été énoncé, peu importe qu’elles soient plus fortes ou moins envahissantes. Elle peut vivre son deuil à sa façon, que ce soit tout en douceur ou dans une tempête de ressentis.

 

« Comment vas-tu aujourd’hui? »

 

Moins tu parles, plus tu donnes. Plus tu écoutes, plus tu laisses place à la liberté.

 

On ne peut pas guérir une personne endeuillée; elle seule peut arriver à le faire. On peut cependant lui offrir un espace de bienveillance où se déposer en toute confiance.

 

L’écouter, qu’il s’agisse de ses mots ou de son silence, est vraiment le cadeau le plus précieux que tu puisses lui offrir. Peut-être aura-t-elle besoin d’exprimer sa peine ou toute autre émotion, de parler de son enfant envolé, ou encore de ses futurs projets et rêves. Seras-tu là?

 

 « Tu n’es plus là où tu étais, mais tu es partout où je suis. »
– Victor Hugo

 

Le contenu de cet article est le fruit de mes expériences personnelles, professionnelles, de mon amour de l’humain et de mes points de vue intéressants. Son unique objectif est d’amener une réflexion. Il ne fait pas de moi une spécialiste du deuil.

 

 

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Claudine Jean

Formatrice à la certification thanadoula et palliathérapeute © de l’École internationale d’accompagnement Cybèle – formation thana-douceur © et également formatrice à l’École Doula

 

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